
Samedi, nous voilà parties avec Marielle aux lagunes, sans vraiment savoir comment y aller. Le bus nous arrête à une intersection. De là, 36 km nous attendent ! On demande aux quelques personnes autour ..... non, il n'y a pas de bus avant le soir, et il y a très peu de chance qu'une voiture ou une camionnette passent par là ! Pas de chance .... On marche 50m, et une chance, deux voitures passent par là, des gens de Riobamba.
RAMONA
En entrant dans le coffre de ce magnifique 4*4 rouge bien lustré, une petite bête nous aboie dessus, de sa douce voix aiguë. C'est Ramona, petit fox terrier toiletté de la famille, qui aime prendre place confortablement sur les genoux de mamie (elle aussi bien toilettée, avec un beau chapeau orné d'une petite fleur et du rouge à lèvres, bien rouge). En arrivant aux lagunes, Ramona risque d'attraper froid, et par-dessus tout le mal d'altitude ! Heureusement, on a pensé à tout : le petit manteau intérieur polaire, extérieur k-way (ben oui, c'est super ce truc contre la pluie), avec capuche ! Oui oui, je parle du chien, non non je n'ai pas la fièvre jaune. Sensation étrange que d'être dans le coffre de cette voiture, dont la vitre à ouverture électrique fait office de barrière entre ces deux mondes si différents. Dehors, les enfants en vieux vêtements, couverts de boue, qui s'occupent seuls d'amener les animaux au champ, et tendent la main quand on croit qu'ils nous saluent. Et dedans, Ramona chérie et sa riche famille de Riobamba.

Marielle et sa copine Ramona !...
LES LAGUNES
Tout ça nous a tout de même permis d'arriver aux lagunes, 5 magnifiques lacs de montagne, de tailles diverses, à environ 4000 m d'altitude, entourés de sommets déchiquetés à 4700 m. Le tout sous un soleil agréable (même pas besoin de mettre la polaire, ni les gants). Aucune route ne passe, juste un minuscule village entre deux lagunes, vraiment sauvage. Et des espèces végétales variées (les lagunes sont dans le parc national Sangay). Un monsieur du village nous a dit qu'il y avait même des loups et des ours... il ne fait pas bon y rester la nuit !
LES CUBIBICS
Voici une petite
histoire sur ces lagunes, que j'ai pu découvrir lors d'une magnifique
exposition à Quito, "VOCES DE LOS ANDES", je vous conseille vivement
d'aller visiter le site internet (en espagnol):
http://vocesandes.blogspot.com/
Feliciano Bejarano Remache
Communauté d’Ozocoche Haut., province du Chimborazo, Equateur.
(Traduction
du quichua au castillan, puis du castillan au français… certaines idées
risquent de passer á la trappe, ou d’être transformées involontairement)
Il nous
raconte que près de sa communauté, se trouvent trois magnifiques lagunes, portant
les noms de Cubillin, Maktayan et Waylla Kucha, ou lagune verte. La première et la deuxième étaient
connues comme étant les plus sauvages. Jadis, l’environnement géographique des lagunes
était constitué de montagnes vierges, ou “aucas”,
inhabitées, abandonnées. Il y pleuvait beaucoup, et les zones les plus hautes étaient
couvertes de neige. A une période particulière de l’année, le mois de
septembre, passaient jour et nuit de
grandes bandes de jolis oiseaux appelés cubibic, qui parait-il, venaient de
la côte, bien que l’on ne sache pas avec précision leur origine ; ils
arrivaient et passaient en gazouillant, harmonieux et mélodieux. Selon
Feliciano, on dit que ces oiseaux appelaient les dieux ou l’esprit de la
montagne, appelé Manuel Soroche (ozogochipi
hatun mamapachami kan), qui, par la propagation d’un grand fracas
et la luminosité d’un éclair, appelait les cubibic.
La mama Cubillin était une belle lagune, dont on disait qu’elle était
de Cuenca ; en elle se dressait un imposant arc-en-ciel, d’une hauteur d’environ
un kilomètre. La gamme des couleurs, la pluie abondante, la brume, le vent, les
ouragans et les fortes houles, qui se produisaient en plus forte intensité en
pleine nuit dans le secteur de la mama
Cubillin, provoquaient surprise et peur chez les gens. Les enfants se
demandaient “Que va t’il se passer”, “Va t’il y avoir un tremblement de terre?”.

Selon
Feliciano, cela annonçait l’arrivée des cubibic, comme paiement des jeu de paris
entre les montagnes (urku chunkaymanta).
Ainsi les taytas, les jeunes et les
enfants, connaisseurs de cet événement naturel, se rendaient très tôt le tour suivant
aux lagunes, a 4 heures du matin environ, pour ramasser le maximum de cubibic
qui s’étaient sacrifiés dans le lac. Cette fois ci, ils ramassèrent entre 100
et 200 oiseaux. Ce phénomène a surtout lieu dans la lagune verte, qui mesure
environ un kilomètre de large, sur 8 cuadras
de large.
Feliciano
explique de plus que depuis 3 années consécutives,, on célèbre des fêtes dans
cet endroit des Andes, auxquelles assistent de nombreux touristes et curieux,
mais maintenant, il pleut moins, et ce même phénomène ne se produit plus aussi
clairement.
On croirait une simple légende comme il en existe tant d'autres, mais il me semble que chaque année, les cubibic viennent bel et bien se sacrifier dans les lagunes d'Ozocoche...